La soie

Sériciculture

Du latin sericum, « soie » et culture.

La sériciculture est l’élevage du ver à soie qui est lui-même la chenille d’un papillon, le Bombyx mori. Elle consiste en l’ensemble des opérations qui ont pour objet la production de la soie : culture du mûrier, élevage du ver à soie pour l’obtention du cocon, dévidage du cocon, et filature de la soie. L’élevage s’effectue à partir des œufs du papillon appelés selon l’usage « graines ».

Dans le sud de la France, la maison dans laquelle on pratique l’élevage des vers à soie est appelée magnanerie, du nom de « magnan » donné au ver.

Jusqu’en 1860, la sériciculture était répandue en France, en Italie, et dans le bassin méditerranéen, mais des épizooties ont décimé les populations de vers à soie et aujourd’hui plus de la moitié de la production de cocon est réalisée en Asie (Chine, Inde).

Le cycle de vie du vers à soie

La race européenne de Bombyx mori possède un seul cycle annuel, qui dure un an et deux semaines : 10 mois pour la diapause des œufs (temps d’arrêt du développement de l’embryon), 2 semaines pour leur incubation avec éclosion finale, 30 jours pour les 5 âges de la chenille et les 4 mues, 2 semaines pour la fabrication du cocon, 2 semaines pour la vie du papillon, son accouplement et la ponte des œufs ou graines.

L’oeuf fécondé, après une période de repos de plusieurs mois, donne naissance au jeune ver à soie après une douzaine de jours d’incubation. Commence alors le développement de la chenille (=larve) qui dure environ un mois (la durée dépendant de la température et de l’hygrométrie). Ce développement est discontinu. Il est constitué de 5 âges larvaires pendant lesquels la chenille se nourrit et grandit. Cette croissance est très importante, le ver à soie multiplie son poids par 10.000 en un mois.

Entre chaque âge larvaire, la chenille s’immobilise, cesse de se nourrir et de croître, s’enveloppe d’un nouveau tégument et abandonne son ancienne peau : c’est la mue.

Le cinquième âge larvaire se termine par le filage de la soie et la construction du cocon. Le filage du cocon demande 4 jours.

A l’intérieur du cocon, la larve va se transformer et quitter sa dernière peau. Cette étape qui dure 2 à 3 jours conduit à la nymphe (=chrysalide).

La métamorphose durera une douzaine de jours pour aboutir au papillon. Dès la sortie du cocon (=émergence), les papillons peuvent s’accoupler. Les femelles pondent des oeufs de couleur jaune(=graine) qui se collent au support ; seuls les œufs devenus gris au bout de 2 jours ont été fécondés. Le développement de l’embryon cessera rapidement. Cette phase d’arrêt, qu’on appelle diapause, durera plusieurs mois.

Les origines

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L’origine de l’élevage du ver à soie appartient en partie à la légende. Celle-ci raconte que c’est la princesse chinoise Si-Ling-Chi qui, il y a 26 siècles, faisant tomber un cocon de papillon dans sa tasse de thé, découvre le principe du dévidage de la soie.

L’Empire de Chine va conserver durant plus de deux millénaires l’exclusivité de la fabrication de la soie. Son commerce s’étend, plus de deux siècles av. J.-C., jusqu’à la Grèce. Finalement le Japon, puis l’Inde, réussissent à découvrir le secret de la fabrication de la soie et deviennent d’importants producteurs. Les Romains nommaient Sericum la région située au-delà du Gange.

Ce n’est qu’au cours du VIe siècle ap. J.-C. que la technique de fabrication arrive dans le Bassin méditerranéen, l’Empire Byzantin la conservant d’abord jalousement. Procope de Césarée (v. 500-560) décrit la façon dont l’empereur Justinien (483-565) réussit l’élevage. La conquête musulmane de la péninsule ibérique et de la Sicile diffuse ces techniques plus largement. Sous l’impulsion de Roger Ier de Sicile (v. 1034-1101) et de son fils Roger II (1093-1154), le ver à soie et le mûrier furent introduits dans l’ancien Péloponnèse qui a pris ensuite le nom de Morée en raison de l’importance de la culture du mûrier. L’industrie de la production de la soie s’installe en Sicile qui devient un centre producteur. La diffusion continue tant en Espagne, autour de Grenade, Tolède ou Séville qu’en Italie autour de Venise, Florence ou Milan.

La sériciculture en France

La venue des papes à Avignon au début du XIVe siècle introduit la culture du mûrier dans la région.

Louis XI (1423-1483) invite des artisans italiens et grecs à s’installer à Tours, ville qui compte 8 000 métiers à tisser en 1546 et qui devient ainsi un centre séricicole plus important que Lyon, Montpellier ou Paris. D’autres mesures seront prises par la royauté, notamment par François Ier qui signera en 1544 une ordonnance encourageant la culture du mûrier.

Mais c’est surtout Henri IV qui donne une forte impulsion à la sériciculture grâce aux travaux de son illustre conseiller, l’agronome Olivier de Serres, dans le futur département de l’Ardèche. Des mûriers sont plantés jusque dans le jardin des Tuileries. François Traucat fait planter plus de quatre millions de mûriers en Provence et en Languedoc. Sous Louis XIV, Colbert chargea un certain Isnard de faire publier des mémoires sur la culture du mûrier et l’élevage du ver à soie.

Il fallut le terrible hiver de 1709 qui gela les châtaigniers des Cévennes ainsi que les oliviers dans tout le midi, pour obliger les agriculteurs à s’orienter vers une nouvelle ressource, la sériciculture. Le mûrier se développe dans les Cévennes et dans une moindre mesure en Provence. Michel Darluc parle de champs de mûriers bordant les champs de blé dans la Crau irriguée.

De 1760 à 1780 la production de cocons s’élève à environ 7 000 tonnes par an. Le développement s’accentue pour atteindre en 1853 la production record de 26 000 tonnes. Malheureusement cette progression se fait au détriment des exigences sanitaires. Comme dans bon nombre de cas, cette intensification de la production s’accompagne d’une multiplication des maladies touchant les vers à soie. La production de cocons tomba en 1856 à 7 500 tonnes de cocons. Mr. Jeanjean, secrétaire du comice agricole du Vigan (Gard), pouvait écrire « Les plantations de mûriers sont entièrement délaissées ; l’arbre d’or n’enrichit plus le pays ». En fait ces maladies apparurent dès 1849, mais la propagation avait pu être freinée par l’importation de graines espagnoles et surtout italiennes. En 1855 l’Italie ayant été également touchée, les graines importées étaient contaminées d’où la récolte catastrophique de 1856.

Des importations de graines sont alors effectuées à partir du Japon et de la Chine. Mais les mauvaises conditions de stockage dans les entrepôts à Yokohama ou à Shanghaï ainsi que la durée du transport compromettent la qualité des graines. Des importations sont également faites de Géorgie et du Caucase. Pour maintenir l’activité des industries de filage, des cocons sont également importés du Japon.

À la suite de nombreuses interventions, le Ministre de l’Agriculture Béhic confia l’étude de ces maladies à Louis Pasteur. Ce dernier hésite à accepter cette mission car, selon ses propres termes, il n’avait jamais touché à un ver de soie. Pasteur finit par accepter et se rend le 6 juin 1865 à Alès. Il étudie en particulier, dans les Cévennes (Gard et Ardèche), deux maladies : la pébrine et la flacherie. Après 5 ans de travaux, il propose une méthode de prophylaxie et publie en 1870 un livre intitulé Étude sur la maladie des vers à soie, qu’il dédicace à sa majesté l’Impératrice qui lui avait dit que « la science n’a jamais plus de grandeur que dans les efforts qu’elle fait pour étendre le cercle de ses applications bienfaisantes ». Ces maladies avaient également été étudiées par de Quatrefages, Béchamp et Balbiani, mais la postérité ne retiendra que le nom de Pasteur.

Grâce à ces travaux recommandant une utilisation de graines saines, le développement de la pébrine est enrayé mais la production ne progresse pas et se stabilise entre 8 000 et 10 000 tonnes de cocons. En effet, d’autres facteurs entrèrent en ligne de compte : résistance de la flacherie, ouverture du canal de Suez d’où une concurrence étrangère plus forte, développement dans le midi de cultures plus rémunératrices (fruits et légumes dans les plaines et vignes sur les coteaux) et apparition des fibres synthétiques.

En 1891, la sériciculture est à l’origine d’un événement pittoresque et festif. L’élevage du ver à soie utilisait des feuilles de papier perforé de petits trous ronds. Monsieur Lué, administrateur du Casino de Paris, se procura des chutes de ces feuilles de papier. Elles furent utilisées, comme projectiles, dans un bal masqué donné à l’occasion du Carnaval de Paris. Ainsi fut lancée la vogue mondiale du confetti en papier, prodigieuse à ses débuts et que nous connaissons toujours aujourd’hui.

Après le bouleversement de la guerre de 1914-1918, la production se stabilise entre 3 000 et 4 000 tonnes de cocons, puis à compter de 1924 continue à décroître jusqu’à 500 tonnes à la Libération. Pendant la seconde guerre mondiale, un bref renouveau s’est manifesté pour la fabrication des parachutes. Une affiche éditée par le Ministère de l’Agriculture demandait aux paysans français d’élever des vers à soie avec pour slogan : « Des parachutes français tissés avec de la soie française ». Malgré cela la production continua à baisser pour ne devenir qu’anecdotique.

Une première relance a été conduite par Edouard de Cazalet à Molières-Cavaillac (Gard) au profit d’un centre d’aide par le travail (CAT). Les résultats ne furent pas convaincants. Une autre expérience débuta en 1972 à Monoblet. Une ancienne magnanerie fut remise en état et l’Association pour le Développement de la Sériciculture (ADS) en Cévennes a été créée. En 1978, année de fermeture de la station séricicole d’Alès, l’ADS lance sa première campagne de production. Quelques agriculteurs se mobilisent et produisent une tonne et demi de cocons. Le projet se développe et reçoit des aides du Conseil général et du Conseil régional.

Toutefois la production reste très faible.

Conditions techniques de l’élevage

La graine : incubation et éclosion

La première condition qu’exige l’éducation du ver à soie est le choix de la graine. On doit rechercher une couleur gris cendré. La fabrication de la graine étant une opération délicate, des établissements spécialisés avaient été agréés conformément à la loi du 7 mars 1944 afin de produire des souches saines.

La mise en incubation doit être effectuée à la mi-avril, époque à laquelle les bourgeons de mûriers commencent à s’épanouir. Les conditions d’une bonne incubation sont :

  • une chaleur douce s’élevant régulièrement de 1 à 2 degrés par jour jusqu’à 23° C et sans jamais redescendre ;
  • de l’air pur et sans cesse renouvelé, indispensable à la respiration très active des œufs à ce moment ;
  • une légère humidité pour éviter le dessèchement de la graine.

Pour réaliser cette incubation, les graines étaient autrefois placées dans des sachets ou nouets qui étaient portés par les femmes sous leur vêtement ou déposés dans une pièce chauffée telle que celle où se trouve le four du boulanger. Il est évident que les conditions précédentes étaient mal respectées. La meilleure solution est de recourir à une couveuse ou incubateur dont le type classique en France est le castellet des Cévennes.

La durée de l’incubation est en général d’une quinzaine de jours ; l’approche de l’éclosion est annoncée par un changement de coloration de l’œuf qui devient blanchâtre. L’éclosion dure 3 à 4 jours. Pour enlever les jeunes vers éclos, on place sur les œufs un morceau de tulle sur lequel on dispose des feuilles de mûriers coupées en fines lanières. Les jeunes larves passent à travers la toile pour manger les feuilles qui, une fois garnies de vers, sont placées sur des claies.

Égalisation et espacements des vers

Pour faciliter la conduite de l’élevage, il importe que les vers évoluent de la même façon c’est-à-dire qu’ils muent et fassent leur cocon en même temps. Il faut donc que les derniers nés évoluent un peu plus vite pour combler leur retard : pour cela ils seront mis aux endroits les plus chauds de la magnanerie.

L’espacement des vers est un facteur qui influe énormément sur l’état sanitaire et donc sur le rendement. Il faut compter pour les chenilles du 5e âge, environ 2 m2 de claies pour 1 gramme de graines.

Délitage

Il faut débarrasser les vers de leurs déjections et des feuilles souillées, cela sans les toucher de crainte de les meurtrir. Cette opération appelée délitage s’effectue, après chaque mue, par les vers eux-mêmes au moyen de feuilles de papier trouées ou de filets à maille plus ou moins serrée selon leur grosseur et que l’on dispose au-dessus des chenilles. Les vers passent au travers des mailles pour venir chercher des feuilles fraîches qu’on leur a distribuées au-dessus. Le délitage terminé, la vieille litière doit être enlevée avec précaution pour ne pas disséminer les poussières contenant de nombreux germes.

Alimentation

Il faut donner à manger aux vers peu à la fois et souvent, soit 4 fois par jour. Les repas doivent être donnés à heures régulières. Les vers mangent avec plus d’avidité et profitent mieux de la nourriture qui doit être répandue uniformément. Pour 25 à 30 g de graines on estime qu’il faut distribuer, pendant les 32 jours que dure en moyenne l’élevage, environ 1300 kg de feuilles à répartir de la façon suivante

Encabanage

Vers le 8e jour après la 4e mue, l’appétit des vers diminue et on les voit se déplacer rapidement, leur corps devient jaune ambré. On dit que le ver est mûr. L’éleveur dispose des rameaux de bruyère en formant une sorte de galerie ou cabane de 50 cm de large et d’une profondeur égale à la largeur de la claie. La chenille monte dans ces branchages pour procéder à la formation de son cocon. Le maintien de la température est nécessaire pour que le ver puisse d’abord faire son cocon puis se transformer en chrysalide. Il arrive que deux vers s’unissent pour faire un même cocon : il y a alors formation d’un cocon double contenant deux chrysalides. A la place des bruyères, on peut utiliser des hérissons plastiques.

Conditions physiques de l’élevage

Le renouvellement de l’air dans lequel vivent les vers joue un rôle capital souvent négligé dans le passé. Dans les locaux d’élevage l’air est rapidement vicié par la respiration des vers et se trouve de plus pollué par la fermentation des litières. Un renouvellement fréquent de l’air est une nécessité absolue. Une ventilation énergique est plus particulièrement indispensable quand le temps est orageux et que l’air reste stagnant dans la magnanerie.

La pratique a montré que la température la plus favorable se situe entre 22 et 24° C. Les vers redoutent beaucoup les variations brusques de température.

La lumière est indispensable aux vers à soie, qui vivent normalement en plein air. En revanche, il est indispensable d’éviter les rayons directs du soleil.

Les maladies qui peuvent atteindre les vers à soie sont : la muscardine, la pébrine, la flacherie et la grasserie.

La soie

La soie est une fibre textile d’origine animale produite par de nombreux arthropodes, araignées et chenilles de certains papillons notamment.

Celle qui sert à produire des tissus de soie est issue du cocon produit par la chenille (ver à soie) du bombyx du mûrier (Bombix mori) pour la soie de culture, et du ver à soie Tussah (plusieurs espèces de chenilles du genre Antheraea) pour la soie sauvage.

Le bombyx du mûrier est un lépidoptère domestique originaire du nord de la Chine, élevé pour produire la soie. Le ver à soie est sa chenille. Le bombyx est inconnu à l’état sauvage, il résulte de la sélection par élevage appelé sériciculture. C’est au stade de chenille que le bombyx produit la précieuse fibre sécrétée en une bave abondante qui, en durcissant, se transforme en un fil unique de soie brute avec lequel la chenille se fabrique un cocon. Ce fil mesure entre 800 et 1500 mètres de long. Il est produit par des glandes spécialisées, dites séricigènes.

Au fil du temps

La technique permettant de produire la soie date de 2500 av. J.-C. et vient de Chine par la Route de la soie. Elle a été un secret jusqu’en 560. La production a commencé en Europe au VIe siècle. En France, la production débuta au XIIIe siècle. L’élevage des vers à soie est appelé « sériciculture ». La soierie désigne aussi bien la fabrication de soie que la marchandise ainsi produite ou que le lieu où on la produit ou on la commercialise.

L’histoire de la soie semble débuter selon les découvertes récentes entre 3000 et 2000 ans av. J.-C. (le plus vieux fragment de soie découvert en Chine datant de 2570 av. J.-C.). Elle se poursuivra ensuite avec trois millénaires d’exclusivité durant lesquels la Chine commerce ce tissu précieux sans jamais en transmettre le secret. L’art de fabriquer la soie se serait ensuite progressivement transmis aux autres civilisations par le biais d’espions de tous genres (moines, princesses …) aux pillards et aux marchands. Cependant, des découvertes récentes dans la vallée de l’Indus (à Harappa et à Chanhu Daro), au Pakistan, laissent à penser que la civilisation qui y vivait (2800 à 1900 av. J.-C.) connaissait et maîtrisait déjà l’usage de la soie.

En Europe, la soie fut longtemps un monopole de l’Empire romain d’Orient. Arrivée en Europe occidentale à la fin du Moyen Âge, la production de soie parvient au stade de l’industrialisation à partir du XIXe siècle, à Lyon notamment (la Fabrique).

Elle connaît toutefois un grave déclin lié à la concurrence de fibres modernes (dont le nylon), à l’évolution des coutumes vestimentaires en Europe, à l’essor de certains pays d’Asie et aux épidémies qui touchent le ver à soie en France, menant à la situation actuelle où la production est à nouveau essentiellement asiatique.

Élevage des vers à soie

La sériciculture est l’élevage du ver à soie qui est lui-même la chenille d’un papillon, le Bombyx mori. Elle consiste en l’ensemble des opérations qui ont pour objet la production de la soie : culture du mûrier, élevage du ver à soie pour l’obtention du cocon, dévidage du cocon, et filature de la soie. L’élevage s’effectue à partir des œufs du papillon appelés selon l’usage « graines ».

La race européenne de Bombyx mori possède un seul cycle annuel, qui dure un an et deux semaines. Cet insecte présente un cycle de transformation typique en quatre stades : graine – larve – chrysalide – papillon. Les œufs vont éclorent quatorze jours après le début de l’incubation à 25°C. La larve appelée  » Kego  » en japonais va muer après chacune des 4 périodes de sommeil qu’elle effectuera durant sa vie. Entre chaque mue, le ver est pris de fringale appelée  » frèze  » La durée de vie du ver est d’environ 25 jours. Entre son éclosion et le moment où il fabrique son cocon, son poids est multiplié par dix mille et sa taille par quatre.
 Après avoir dévoré une grande quantité de feuilles durant les quatre premiers âges, il cesse de manger au cinquième âge et s’attache à un rameau de bruyère par le fil de soie qui sort de son orifice buccal.
La largeur de la bave est d’environ trente microns et il en faut environ trois mille cinq cents à quatre mille cinq cents mètres pour faire un gramme. Après trois jours, le ver se métamorphose en chrysalide. La métamorphose durera une douzaine de jours pour aboutir au papillon. Dès la sortie du cocon (=émergence), les papillons peuvent s’accoupler. Les femelles pondent des oeufs de couleur jaune(=graine) qui se collent au support ; seuls les œufs devenus gris au bout de 2 jours ont été fécondés. Le développement de l’embryon cessera rapidement. Cette phase d’arrêt, qu’on appelle diapause, durera 10 mois.

La préparation des cocons

Le décoconnage : 8 à 10 jours après la fabrication du cocon, a lieu le décoconnage. Les cocons sont enlevés de leur support et triés. Ensuite on enlève la bourre ou « blaze », qui a servi à la fixation du cocon.

L’étouffage : les cocons sont ensuite étouffés dans des étuves de 70 à 80 °C, puis trempés dans l’eau bouillante pour que le grès (ou séricine, colle naturelle protégeant les brins) se ramollisse.

La chrysalide doit être tuée sans abîmer le cocon.

La filature

Chaque cocon n’est fait que d’un seul fil appelé bave. Pour trouver l’extrémité de chaque fil, on remue constamment les cocons avec un petit balai de bruyère (dans les Cévennes et partout en France) ou de paille de riz (en Chine). Celui-ci sert à accrocher les premiers fils de dévidage. Chaque fil étant trop fin, on en réunit plusieurs (une dizaine) lors du dévidage. Ceux-ci se soudent entre eux grâce au grès (ou séricine, colle naturelle protégeant les brins), lors de son refroidissement.

Les fils sont enroulés sur des « dévidoirs », la soie est alors dite soie « grège ». Celle-ci est ensuite enroulée sur des écheveaux ou « flotte ». Un kilogramme de soie grège s’obtient avec huit à dix kilogrammes de cocon.

Le moulinage

La soie filée n’est pas assez solide pour être tissée. Pour augmenter sa résistance, on lui fait subir une torsion, c’est le moulinage : l’écheveau de soie est enroulé sur un support, le roquet. Celui-ci est placé sur une machine à axe vertical : le moulin. L’axe est entrainé par une courroie qui tourne à grande vitesse. Sous l’effet de la rotation, le fil se tord et s’enroule sur une bobine réceptrice. Plus on enroule lentement plus la torsion est forte.

Pour le tissage, la soie se présente sous la forme de flotte

Elle est enroulée sur un tambour « l’ourdissoir ». Cela permettra de monter les fils de chaîne sur le métier.

Elle est dévidée sur une « cannette » qui sera placée dans la « navette ». Celle-ci sert à tisser la trame.

Composition chimique

La soie est une protéine, la fibroïne, constituée d’un polymère d’acides aminés. C’est essentiellement une répétition d’acides aminés hydrophobes alanine-glycine. Elle a une structure en feuillet bêta.

Commerce de la soie France-Japon

À l’époque d’Edo (XIXe siècle), le Japon a sauvé la sériciculture française en envoyant des vers à soie pour pallier les pertes liées à une épidémie. Puis Louis Pasteur et ses équipes se sont emparés de la question et ont trouvé le remède à cette épidémie, une innovation introduite par Meiji au Japon… Et aujourd’hui encore, les vers à soie font l’objet de collaborations scientifiques entre la France et le Japon. À l’époque Meiji, les maisons de commerce ont prospéré sur les échanges entre la France et le Japon. Elles marquent le début des relations économiques entre les deux pays. Ce sont ces mêmes entrepreneurs (Léon Barmont, Joël Reynaud, Charles Eymard) qui fondent la Chambre de commerce et d’industrie française du Japon en 1918.

Puis la soie est importée de Chine , de l’Inde et du Brésil plus récemment.

Symbolique

Les noces de soie symbolisent les 12 ans de mariage dans le folklore français. En astronomie chinoise, des astérismes (l’équivalent des constellations occidentales) sont en rapport avec la sériciculture : Fukuang représente un panier rempli de feuilles de mûrier, qui servent à nourrir les vers à soie, et Zhinü représente une femme en train de filer ou de tisser de la soie.

Soyeux célèbres

Abraham est une entreprise de soierie fondée à Zurich en 1878 par Jacob Abraham et dirigée en France par Raphaël Arditi des années 1950 aux années 2000. Cette maison est célèbre pour son gazar décliné en de nombreux coloris et est le fournisseur principal de toute la haute couture française notamment Saint Laurent, Chanel, Dior, Balenciaga, Givenchy, Kenzo, Courrèges, Cardin et Emmanuel Ungaro pendant les années où Raphael Arditi dirigea l’entreprise. Après son retrait, l’entreprise déposa son bilan très rapidement. Raphael Arditi fut l’inventeur des contrats de licence avec la haute couture grâce auxquels des entreprises fabriquent des produits et les commercialisent tandis le couturier concepteur touche des royalties.

Bianchini-Férier est une manufacture de soierie fondée en 1888 à Lyon par l’association d’un créateur, Charles Bianchini, du technicien François Atuyer et du financier François Férier. Grâce à sa tradition de qualité et de création, la maison, qui s’installe en outre avenue de l’Opéra à Paris vers 1912, collabore rapidement avec les plus grands noms de la haute couture puis du prêt-à-porter, dont Worth, Poiret, Doucet, Vionnet, Lanvin, Patou, Carven, Paco Rabanne, Nina Ricci, Chanel, Dior, Yves Saint Laurent, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier, Hussein Chalayan, Dries Van Noten…

L’essor de la maison s’appuie sur le génie créateur de Charles Bianchini. Celui-ci cultive d’une part la recherche de nouveaux procédés techniques : crêpe drap (créé en 1910), mousseline Madonna (la plus fine au monde, créée en 1904), velours façonnés, fabrication industrielle du crêpe et de la georgette, à l’époque du développement de l’usage du biais dans la couture… Certaines innovations sont le résultat de recherches à travers ses voyages notamment à Londres, Vienne où il tisse des liens avec les Wiener Werkstätte, Venise où il s’intéresse à l’œuvre de Mariano Fortuny… Les noms employés par Bianchini pour les tissus de la maison sont évocateurs d’exotisme et d’ailleurs, en particulier dans les années 1920 : crêpes Georgette, Romain, Korrigan, Sublime, Mireille ; soies Fulgurante, Soiebelle, Flaminga ; lamés Odalisque, Scarabée d’Or, Argentine, Silverine, Perles d’Argent ; matelassés modernes dont le Montaniador ; velours Frisson et Paradis… À la fin de la décennie, Bianchini Férier est un groupe ancré dans la région lyonnaise intégrant toutes les phases de la fabrication des soieries : moulinage à Givors, tissage à la Tour-du-Pin, teinture et impression à Tournon.

D’autre part, Charles Bianchini favorise les collaborations avec les artistes. La plus longue de ces collaborations est certainement celle de Raoul Dufy (auparavant chez Paul Poiret), qui signe un contrat d’exclusivité avec cette maison de soierie lyonnaise et en sera le dessinateur et directeur artistique de 1912 à 1928. Il imaginera notamment un logo représentant la métamorphose d’une chenille en papillon dans les pétales d’une fleur pour symboliser le lien de l’entreprise avec la soie. « L’ornementation dans le tissu est une chose complémentaire à la vie ; comme une illustration légère pouvant jouer avec discrétion son rôle, en rapport avec sa fragilité matérielle ». Ses compositions sont dédiées à Pégase, au Cortège d’Orphée, à la Danse, une Partie de Tennis…

Parmi les autres artistes ayant collaboré avec Bianchini-Férier : Georges Barbier, Paul Iribe, Yoni Beaugourdon, Sonia Delaunay, Leleu, Robert Bonfils, Henri Gillet, Paul Mansouroff, Jacques-Henri Lartigue, ou plus tard Vasarely, Kientz, Daniel Buren…

Jusqu’en 1982, Bianchini-Férier imprime et produit ses propres tissus. En 1990, le tisseur développe une activité d’accessoires de luxe. En 1992 Bianchini-Férier s’associe à Baumann pour créer Tissage Baumann (filiale du Groupe Mayor), qui rachète en 1995 l’usine de Tissage Saint Maurice. En 1999, les archives textiles Bianchini-Férier sont cédées à un collectionneur privé3. En revanche, les archives papier de Bianchini-Férier sont désormais conservées aux archives départementales du Rhône sous la cote 67 J4.

En 2002, la société est rachetée par Cédric Brochier, issu d’une grande famille de soyeux lyonnais, également PDG de Cédric Brochier Soieries et co-fondateur de l’Atelier de soierie de Lyon.