Historique de la Panne de velours

La panne de velours : une invention lyonnaise

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Le 19° siècle voit la naissance de très grands veloutiers à Lyon et dans toute la région lyonnaise. C’est dans cet environnement favorable que la panne de velours est inventée au début du XXe siècle suite à la découverte de la viscose. Ce précieux tissu est tissé en mousseline de soie et en velours de viscose sur un métier Jacquard traditionnel. Après tissage, le velours est rasé en surface, puis la pièce est passée entre deux gros rouleaux chauffants afin d’aplanir les poils de velours dans un sens, de les fixer et leur donner un lustre incomparable : ce procédé est appelé le pannage ; il donne au tissu son nom de panne de velours. Les motifs de velours en relief sont toujours peints à la main. Les pièces réalisées sont souvent uniques. Ce tissu très local demeure donc exclusif et rare et il a inspiré et inspire encore à juste titre les maisons de Haute Couture.

Le velours au fil du temps

Des origines au leadership lyonnais

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Le velours est né dans le Cachemire sous le nom de duvet de cygne, puis il est développé en Perse où les Italiens le découvrent, l’importent et en reprennent la technique. Lié à l’épanouissement de l’industrie de la soie dont il est le plus souvent tissé, le velours se répand dans les grandes villes italiennes de Gênes, Venise, Milan et Florence au XIVe siècle, les enrichissant de broderies d’or ou d’argent. Au XVème siècle apparaissent les premiers velours rayés ou brochés. (Le brochage consiste à passer dans une étoffe, lors du tissage, des fils d’or ou de soie qui forment un dessin en relief).

En France, ces velours importés d’Italie sont très appréciés et on sera capable de le tisser à Tours dès le milieu du XVème siècle, puis à Lyon au cours des décennies suivantes.

En 1536, Etienne Truchetti et Barthélemy Nariz (originaires de Gênes) arrivent à Lyon et montent vingt métiers à tisser. Ceci, ajouté au fait que Lyon obtient de François 1er des exonérations et des subventions, permet à la ville de mener la course de la fabrication du velours de soie.

Au XVII° siècle, Claude Dangon, ouvrier en soie lyonnaise invente le métier « à la tire » qui permet le tissage des façonnés, ces derniers provenant jusqu’alors uniquement d’Italie. L’invention de ce métier amène la ville de Lyon à prendre définitivement la tête de la course au tissage du velours au XVIIème siècle. Ce métier subsistera jusqu’à l’invention du métier Jacquard en 1801 par le lyonnais Joseph Marie Jacquard, qui permet de nouvelles combinaisons de tissage et révolutionne l’industrie textile. Ce procédé favorise la naissance de très grands veloutiers à Lyon et dans toute la région lyonnaise au 19e siècle. Un siècle plus tard, il permettra le tissage de la très exclusive panne de velours.

Le métier Jacquard

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Le métier à tisser à mécanique Jacquard, dit métier Jacquard, est mis au point en 1801 par le Lyonnais Joseph Marie Jacquard en 1801. Il est la judicieuse combinaison de trois découvertes antérieures. Cette invention révolutionne l’industrie textile car elle permet de tisser à l’infini et nécessite l’intervention d’une seule personne ; elle va modifier profondément l’architecture des pentes de la Croix-Rousse et des berges de Saône, afin de créer des ateliers pouvant accueillir ces très hauts métiers.

Qu’est-ce que c’est ?

Il consiste en deux parties : le métier à tisser à bras, qui sert à produire les tissus comportant un décor (dits façonnés), et la mécanique Jacquard proprement dite, qui le surmonte et fonctionne avec des cartes perforées qui guident les crochets qui soulèvent les fils de chaînes, permettant de tisser les motifs. En parler lyonnais, on surnomme cette machine bistanclaque, onomatopée figurant la suite de sons qu’elle émet dans l’action.

Comment ça marche ?

La mécanique Jacquard ne constitue pas une invention à proprement parler mais plutôt l’habile combinaison de trois techniques : celle du métier à tisser de Vaucanson, automatisé par système hydraulique et commandé par des cylindres analogues (1748) ; celle du système de cartes perforées de Jean-Baptiste Falcon, formées d’une chaîne infinie de cartons qui permet la commande ininterrompue des machines textiles (1728) ; et celle des aiguilles de Basile Bouchon, adaptation du mécanisme d’horlogerie au domaine du tissage, qui effectue la lecture du ruban perforé (1725).

Il en résulte un métier à tisser semi-automatique, doté d’un cylindre carré, qui commande l’ensemble des fils – via 600 à 800 crochets – et les sélectionne à l’aide d’un programme inscrit sur les cartes perforées, pour créer des motifs variés et compliqués. Son principal atout est d’être manipulable par un seul homme et non plusieurs, comme sur un métier traditionnel. Ce métier se distingue par sa hauteur, en raison du coffre dans lequel se loge la mécanique (au moins 4 mètres). En conséquence, on construit à la Croix-Rousse des immeubles – où travaillent et vivent les ouvriers – aux plafonds hauts et aux grandes fenêtres, pour que la lumière éclaire l’ensemble du métier.

Qui l’a utilise et l’utilise encore ?

Opérationnel dès 1806, le métier Jacquard se développe dans les ateliers de la Croix-Rousse à partir de 1817, après des améliorations apportées par le mécanicien Jean-Antoine Breton, qui le rendent plus rapide et deux fois moins coûteux. En dépit d’une première réticence des ouvriers qui voient en lui une cause possible de chômage, on réalise vite les progrès apportés par le métier Jacquard : il facilite le travail et améliore la qualité de la production. En 1834, 2 885 métiers fonctionnent sur les pentes croix-roussiennes ; à la fin du 19e s., on en trouve près de 20 000 !

Au cours du 19e s., la population de la colline est décuplée et le quartier s’urbanise fortement. C’est aussi l’époque où la fabrique de soie croix-roussienne se spécialise dans les tissus façonnés (à motif), alors que l’arrière-pays réalise les soies moins fines. Mais le métier connaît aussi un succès international… et certains sont encore utilisés de nos jours, pour réaliser des motifs complexes comme le brocart ou le damas et la panne de velours par exemple.

Ce qu’il nous dit :

Le métier Jacquard nous renseigne sur un moment important de la fabrique de soierie lyonnaise : son introduction marque les prémisses de la révolution industrielle dans le domaine du textile, qui modifie profondément l’économie de la soie à Lyon. La Fabrique (désigne l’ensemble des activités des métiers de la soierie, leurs règlements et leur organisation) évolue d’un fonctionnement préindustriel éclaté vers un système industriel centralisé. Mais il est aussi symbolique à plusieurs titres de l’identité de la commune de la Croix-Rousse au 19e s., qui vit alors presque exclusivement de l’activité de la soie :

  • identité architecturale, conséquence de la nécessité de construire des ateliers-logements hauts de plafonds et très ouverts à la lumière,
  • identité sociale forte, construite lors des révoltes de canuts puis confirmée avec la création par ces derniers d’associations de secours mutuel : premières expériences françaises du mutualisme !
  • identité politique, comme en témoigne le journal ouvrier l’Écho de la Fabrique, apparu dans le terreau ouvrier croix-roussien en 1831.

Une identité qui s’est bien évidemment transformée mais qui perdure.

On dit aussi que le métier Jacquard, à travers sa première forme d’utilisation de cartes perforées, est l’ancêtre de l’ordinateur : il aurait inspiré le mathématicien britannique Charles Babbage (1791-1871), créateur d’un ordinateur mécanique appelé “machine à différences”…

L’inventeur

Le lyonnais Joseph-Marie Jacquard (1752-1834) met au point ce métier à tisser dont le brevet est déposé en 1801. Fils d’un canut “maître fabricant”, il exerce auparavant de nombreuses professions, liées à la soie et à l’imprimerie… et développe en autodidacte son intérêt pour la mécanique. Le 12 avril 1805, l’empereur Napoléon 1er découvre Jacquard à l’occasion d’un séjour à Lyon. À la suite, le 27 août 1805, Jacquard reçoit de la part de l’Académie de Lyon le prix des inventeurs, puis de nombreux autres prix et récompenses : le 17 novembre 1819, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur ! Quelques années plus tard, il devient même conseiller municipal d’Oullins.

Au “bienfaiteur des ouvriers lyonnais” : le 16 août 1840 est érigée en son honneur, place Sathonay à Lyon, une statue en bronze, déplacée en 1898 place de la Croix-Rousse. Fondue en 1942, elle est remplacée en 1947 par l’actuelle statue en pierre.

Tissage de la panne de velours

La panne de velours : une spécialité lyonnaise

La panne de velours a été inventée au début du XXe siècle suite à la découverte de la viscose. Ce précieux tissu est tissé en mousseline de soie et en velours de viscose sur un métier Jacquard traditionnel. Après tissage, le velours est rasé en surface et la pièce est passée entre deux gros rouleaux chauffants afin d’aplanir les poils de velours dans un sens, de les fixer et leur donner un lustre incomparable : ce procédé est appelé le pannage ; il donne au tissu son nom de panne de velours. Les motifs de velours en relief sont peints à la main alors que la mousseline est teinte en noir au préalable. Les pièces réalisées sont souvent uniques. Ce tissu demeure donc exclusif et rare et il inspire à juste titre les maisons de Haute Couture.

Tissage du velours au fil du temps

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Denis & Fils

Le velours est un tissage spécifique. Le principe de départ d’un tissage est une chaîne tendue entrecroisée de fils de trame dans le sens de la largeur. Le velours nécessite deux chaînes : la première chaîne de fond qui forme la base et assure la solidité du tissu et une seconde chaîne pour les boucles. Une baguette appelée fer passe entre les deux chaînes. Quand on retire ces fers, le tissu montre sur l’endroit des petites boucles ou arceaux, les poils. On rase à deux millimètres et on aplanit les poils des pannes de velours ; ceux des pannes de velours ciselés sont coupés à différentes hauteurs, réalisant de somptueuses arabesques aux effets changeants, les décors naissent des effets de surface. La fabrication coûteuse du velours, le savoir-faire et la lenteur de son tissage ainsi que la cherté de ses matériaux de base en font l’étoffe la plus recherchée et la plus luxueuse de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance…

Au XVIIe siècle, Claude Dangon, ouvrier en soie lyonnaise invente le métier « à la tire » qui permet le tissage des façonnés, ces derniers provenant jusqu’alors uniquement d’Italie.
L’invention de ce métier amène la ville de Lyon à prendre définitivement la tête de la course au tissage du velours. Ce métier subsistera jusqu’à l’invention du métier Jacquard en 1801 par le lyonnais Joseph Marie Jacquard qui permet de nouvelles combinaisons de tissage et de tisser à l’infini avec un seul opérateur.

Le façonnage du velours après un long parcours se déploie à Lyon dans les mécaniques Jacquard qui, actionnées par les cartes perforées, tissent ensemble deux matières, animale et végétale : la soie et la viscose ; cette dernière, inventée en 1884 par le comte Hilaire de Chardonnet et Auguste Delubac, est composée de cellulose et de collodion, souvent issus du pin ou du palmier. Mondialement connue dès le début du XXe siècle, cette fibre appelée aussi soie artificielle, va connaître un développement spectaculaire.

La panne de velours est toujours tissée sur métier Jacquard dans la région. Ces derniers fonctionnent avec une carte perforée, où est inscrit dans un code binaire le motif. Les motifs récents sont créés sur ordinateur ; dans ce cas les programmes remplacent les cartes et les métiers sont assistés et modernisés. Le tissage du velours façonné est un process long, très spécifique et complexe. Il est suivi du nécessaire pannage qui permet la mise en teinte à la main du tissu et lui donne tout son lustre.

Mise en couleur de la panne de velours

La sublimation du velours ou l’art de la mise en couleur

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Nous sommes spécialisés dans la coloration du velours et plus précisément de la panne de velours, dont nous peignons à la main les motifs façonnés.

Issu de l’artisanat d’art, ce précieux tissu est au préalable tissé en mousseline de soie et en velours de viscose sur un métier Jacquard traditionnel. Après tissage, le velours est rasé en surface et la pièce est passée entre deux gros rouleaux chauffants afin d’aplanir les poils de velours dans un sens, de les fixer et leur donner un lustre incomparable : ce procédé est appelé le pannage ; il donne au tissu son nom de panne de velours.

Nous recevons les pièces tissées en noir et blanc : noir pour le fond en mousseline de soie ; blanc pour les motifs en relief tissés en velours de viscose.

Sur une table à peindre de 3 mètres de long, nous tendons la panne de velours comme une toile afin de faciliter sa mise en couleur.

Nos décoratrices sur tissu décident d’une palette de couleurs par table. Elles créent leurs couleurs à partir d’une dizaine de bases mère, issues d’un mélange de colorants directs solubles ou de réactifs, d’eau et d’urée synthétique. Elles diluent leurs couleurs avec de l’eau et de l’alcool dans une proportion égale afin d’obtenir des intensités différentes. La palette initiale évolue ou est enrichie au cours du travail au gré des difficultés rencontrées : en effet, les colorants utilisés sont excessivement liquides et fusent facilement dans le tissu, ce qui rend le travail fastidieux ; nous devons donc apporter une attention toute particulière à la mise en teinte, la plus grande difficulté étant de maîtriser la quantité de couleur appliquée et d’éviter de tâcher le velours. Pour faciliter notre travail, nous commençons par les couleurs les plus claires et allons graduellement vers les plus foncées, ce qui nous permet le cas échéant de recouvrir les imperfections. Parfois nous devons créer de nouvelles teintes plus foncées encore, non prévues au départ. Nos coloristes doivent alors faire preuve de talent afin de garantir l’harmonie de la palette et la beauté de la pièce.

En fonction de la complexité du motif, des nuances souhaitées et des détails à réaliser sur le velours, nous peignons avec des outils différents : coton tige, pinceau ou coton.

Ce travail long et exigeant requiert un sens développé des couleurs, une grande dextérité, beaucoup de patience et une sensibilité artistique certaine.

Dans le respect de ce savoir-faire et le souhait de le maintenir à son plus haut niveau, nos coloristes s’appliquent chaque jour à sublimer ce tissu et créent des pièces uniques, le plus souvent.

Après la mise en teinte, l’éclat des couleurs est assuré par leur fixage, le rinçage de la pièce mais aussi le deuxième pannage du velours. Ces divers procédés d’ennoblissement donnent au velours un lustre et une douceur incomparables.

Nous faisons ensuite découper et confectionner la panne de velours afin de réaliser des châles, des étoles ou des écharpes… qui sont autant de pièces rares ou uniques.

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