Valeurs du label Soie

Lyon : destin et mémoire de soie

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La soie est une matière d’exception qui a fait un fabuleux voyage de 5 millénaires, lui donnant une douceur, un éclat et une aura incomparables. Hier comme aujourd’hui elle est symbole de raffinement et de bien-être.

Les raisons, qui ont fait de Lyon la capitale de la soie, dans une volonté constante de rendre hommage à cette matière en la tissant et en l’ennoblissant pour en faire des soieries renommées, sont certainement ancrées dans la fascination pour cette fibre précieuse, qui fit et fait encore la richesse des soyeux. Depuis quatre siècles et demi, Lyon tisse de soie le cocon de sa renommée.

Les multiples langages de la soie

« Elle fut richesse, pourpre et apparat comme à Byzance. Elle fut transparence, souffle, féminité comme chez Botticelli, on lui inventa des routes célébrées aujourd’hui encore, autant que ses pouvoirs magiques.*»

Dans la culture européenne et ses traditions populaires, souvent identifiée à la femme, la soie légère et aérienne ou lourdement somptueuse, tenait sa place dans la vie quotidienne. Si en Europe occidentale, elle est un insigne du paraître exaltant la richesse, elle est toujours tissée, brodée et portée quotidiennement par les femmes des couches populaires du Sud-Est de l’Europe. Avec cette même dualité, elle dépasse aujourd’hui la culture des apparences : l’être l’emporte sur la paraître.

La route de la soie et l’expansion éblouie de son royaume

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Longue fut la route à parcourir entre la chine, patrie mythique de la soie et le monde occidental. C’est certainement pourquoi la soie donne toujours un goût d’ailleurs. Deux millénaires ont passé depuis que la « laine des arbres », produit mystérieux transformé en fin voiles transparents fait son entrée dans la société romaine antique. Longtemps apanage de l’Empire romain d’Orient, la soie poursuit sa route et éblouit l’Europe occidentale à la faveur des croisades au Moyen-Âge. Elle y tisse son cocon et fait de Lyon une ville de soie.

Venue des confins orientaux du monde, l’étoffe de soie se répand parée de mythes. Elle fait tourner les têtes des empereurs et des princes des cours d’Asie centrale et de Chine. Les princesses et les courtisanes s’en sont emparées pour paraître et séduire. Le joli rêve de la soie a gagné sur les routes de l’Asie, les cours de Perse et de Bagdad, Rome et Bysance. Au IXe siècle, les Arabes introduisent la soie en Sicile, qui gagne bientôt les cœurs en Italie, en Espagne et en France.

Le pouvoir se mesure à la magnificence des décors et des vêtements d’apparat. Le chef-d’œuvre de la littérature aventureuse du monde musulman, les Mille et une nuits, fait percevoir la richesse des palais, que les nomades, nouveaux maîtres de l’Orient, drapent de soieries pour y récréer une ambiance précieuse de tente.

Convoitée pour la sensation de luxe et d’opulence qu’elle dégage, symbole de pouvoir, pouvant sceller la paix, expression de la foi, instrument de séduction, elle traduit pendant des siècles l’ultime raffinement de la culture européenne.

Unique et mystérieuse soie

Enigme des formes, monde clos sur lui-même le cocon demeure mystère et nourrit notre imaginaire. C’est au stade de chenille que le ver à soie produit la précieuse fibre sécrétée en une bave abondante qui, en durcissant, se transforme en un fil unique de soie brute avec lequel la chenille se fabrique un cocon. Ce fil mesure entre 800 et 1600 mètres de long ! Il en faut environ 3500 à 4500 mètres pour faire un gramme, six kilos de cocons de qualité pour obtenir un kilo de soie grège. Il aura fallu 2 semaines pour que le ver, après 30 jours de mues successives, construise ce nid, qui abritera la Chrysalide qui se transformera ensuite en papillon !

Les qualités inégalées de la soie

La soie est la seule fibre naturelle faite de protéines.

La soie est un tissu unique par ses qualités inégalées : sa douceur au toucher et son lustre ; sa résistance (1 fil de 1 millimètre de diamètre supporte un poids de 45 kg) ; son élasticité (fripé un tissu de soie se défroisse à l’air) ; sa finesse (1 cocon de 3 g donne 100 m de fil) ; son pouvoir isolant (la soie est chaude l’hiver, fraiche en été) ; son pouvoir d’absorption, qui lui confère une affinité certaine avec la teinture…

La longue chaine soyeuse

Sériciculture, filature, moulinage, tissage sont les quatre premiers maillons de la chaine soyeuse. Mais il existe encore une étape, essentielle : l’ennoblissement qui consiste à transformer un fil ou un tissu, modifier son aspect et son toucher. Avant ou après tissage la soie peut subir plus de 100 opérations afin de traduire l’effet voulu par son créateur ! Cette activité regroupe plusieurs secteurs : la gravure, l’impression, la teinture, le décreusage et l’apprêt. Tous ces savoir-faire ancestraux dédiés à l’ennoblissement de la soie sont encore présents dans notre région malgré l’itinéraire houleux de la soierie lyonnaise.

L’Atelier de soierie et le choix de la soie

Au-delà de ses vertus intrinsèques, elle est précieuse par tous les soins reçus et, ennoblie, elle rend merveilleusement ce qui lui a été donné.

Pour toutes ces raisons réelles ou imaginaires, nous souhaitions rendre un vibrant hommage à la soie en la sublimant de nos motifs et nos couleurs. Faire le choix de la soie, imprimer sur cette étoffe d’exception était une évidence, car elle permet une rare traversée des couleurs, l’expression vibrante de leur profondeur et leur relief, révélant leur intensité d’une manière incomparable !

dessin atelier de soierie

*  source ouvrage la Soie, mythologies d’hier et d’aujourd’hui, Collection droit fil